Dr Kin
connaissances

Retour à la base ou approfondir au maximum ?

L’entraînement est un domaine extrêmement accessible. En réalité, pour être entraîneur.euse, aucune formation n’est réellement requise. On peut offrir ses services à pratiquement n’importe qui. Avec un peu de marketing, le tour est joué et l’on peut se bâtir une clientèle. En fait, dans bien des cas, le marketing est beaucoup plus important que les qualifications en entraînement.

Personnellement, je n’ai aucun problème à ce que l’entraînement soit un domaine démocratisé et accessible et je ne considère pas que des études formelles dans un domaine sont gages de compétence.

Pour moi, ce qui importe c’est que quelqu’un souhaite bien faire son travail et surtout, que ce quelqu’un soit en mesure de mettre les efforts au bon endroit afin de parfaire ses compétences.

Être compétent.e, c’est difficile. C’est parfois long et ça demande toujours des efforts.

Beaucoup d’entraîneurs.euses vont suivre des formations, en ligne ou en personne, afin de « parfaire leurs connaissances » dans différents domaines. On retrouve un large éventail de formations en nutrition, endocrinologie, biomécanique, neuropsychologie et, bien évidemment, en marketing. Bon, on retrouve pas mal moins de formations en physiologie de l’exercice, mais c’est une science très compliquée.

Comme la nutrition.

Comme l’endocrinologie (ça, c’est les hormones pour ceux et celles qui sont rapidement passés sur le terme la première fois).

Comme la biomécanique.

Comme la neuropsychologie.

La physiologie de l’exercice, ça vend moins alors on offre moins. L’intérêt est ailleurs.

Il y a un intérêt important pour les formations dans ces différents champs de connaissances (autres que la physiologie, comme je le mentionnais). Lorsque l’on regarde plus attentivement le contenu de certaines de ces formations, on y retrouve des sujets extrêmement complexes comme l’oxydation des substrats énergétique à jeun et à l’effort, les vecteurs et moments de forces, les neurotransmetteurs et j’en passe.

Des sujets vraiment, vraiment complexes. Certains que je n’ai pas compris lorsqu’ils m’ont été présentés la première fois au baccalauréat. Que je pensais avoir compris lors de ma maîtrise. Que j’ai réalisé que je ne comprendrais probablement jamais toutes les subtilités lors de mon doctorat. Bref, des sujets que je trouve très difficiles à bien comprendre. Des sujets qui prennent du temps afin de mieux les comprendre.

Mais, c’est peut-être juste moi.

Je me demande comment on peut bien comprendre et appliquer des notions pointues comme l’oxydation des substrats en nutrition et les interactions hormonales et l’entraînement avec quelques heures de formation ?

Surtout lorsque les bases n’ont pas ou très peu été enseignées (c’est quoi un substrat et on mesure ça comment l’oxydation ?). Il est vrai qu’une formation sur les bases de la nutrition ou de la biomécanique, ça risque peu de se vendre.

Mais, pourquoi existe-t-il un désintéressement profond pour apprendre les bases et fondements en entraînement chez les entraîneurs.euses ?

Une grande partie de ces entraîneurs.euses vont marteler à leurs clients.es l’importance de maîtriser les bases en entraînement avant de progresser vers des méthodes plus avancées.

C’est la même chose avec la physiologie, la nutrition, la biomécanique, la neuropsychologie, etc.

Pourquoi toujours chercher les choses hyper poussées, complexes et ardues ? Trop souvent, la majeure partie des informations n’est pas comprise et on ressort de la formation avec une ou deux notions « take home », vulgarisées à outrance et qui perdent parfois leur sens.

Par exemple, lors d’une formation en biomécanique sur le squat, l’enseignant souligne l’importance d’effectuer une poussée des pieds vers l’extérieur pour engager la hanche en rotation externe, le tout afin de stabiliser l’articulation de la hanche et favoriser le développement de plus de force lors du mouvement. L’audience retient que lors du squat, il faut pousser les pieds vers l’extérieur.

Pourquoi ?

Parce que c’est mieux.

Pourquoi c’est mieux déjà ?

Parce qu’on a vu ça en formation et que c’était important.

Donc, si je comprends bien, il faut que j’adopte une position avec les pieds ouverts le plus possible sur le squat ?

Exact.

Pas vraiment, non.

Les pieds n’ont pas forcément besoin d’être très ouverts, il faut seulement qu’une force soit exercée au sol pour engager l’articulation de la hanche en rotation externe isométrique afin de la stabiliser. Tu peux avoir les pieds très ouverts sans exercer cette force et ça ne donne vraiment pas la même chose.

Ouin…

C’est un exemple parmi tant d’autres. Je pourrais en sortir une dizaine seulement sur le métabolisme de repos…

Les gens peuvent se former comme ils le souhaitent. Ils peuvent lire, écouter, apprendre ce qu’ils veulent, comme ils le veulent.

Mais pas un.e intervenant.e qui transmet son savoir à des clients qui payent.

Être entraîneur.euse, ça vient avec des responsabilités. Ce qu’un.e entraîneur.euse apprend et transmet n’implique pas que lui ou elle. On peut faire du bien. On peut faire du tort.

Assister à une formation et ne pas comprendre toutes les notions véhiculées c’est une chose. Utiliser une partie des informations avec ses clients comporte son lot de risques, si nous n’en comprenons qu’une partie. Lorsqu’on ne maîtrise pas certaines connaissances, il faut faire preuve de prudence et de retenue. On ne peut pas affirmer avec assurance des choses qu’on ne connait pas réellement. Même si nous sommes fébriles à la suite de notre incroyable formation de la dernière fin de semaine…

Et dans le domaine de l’entraînement, en réalité, il y a peu de choses que l’on connait vraiment, vraiment bien.

Oui, mais ça demande beaucoup de travail pour pousser ses connaissances jusqu’à une maîtrise d’un sujet. Moi, je veux juste entraîner du monde…

Alors, pourquoi suivre des formations avancées ou super spécifiques parce que le titre est vendeur ?

C’est super correct d’en apprendre sur le microbiote, c’est moins correct de dire à un client de couper son yogourt qu’il aime tant, parce que ça déséquilibre ses bactéries intestinales. Ou encore de lui offrir une intervention ou des produits pour rebalancer son microbiote et atteindre ses objectifs d’être plus en santé.

Afin de pleinement profiter des formations avancées (et aussi démasquer les Joe-N’importe-Quoi), il est impératif d’avoir des connaissances de base solides dans le domaine relatif à la formation. Si nous reprenons l’exemple du microbiote, il serait intéressant de savoir : 1) c’est quoi ? 2) comment on détermine qu’un microbiote est santé ou non ?; 3) c’est quoi l’état des connaissances actuelles sur le sujet ? Par exemple, si l’ensemble de la communauté scientifique n’arrive pas à s’entendre sur ce qu’est un microbiote en santé, comme peut-on affirmer dans une formation détenir LA clé du microbiote sain ?

Lorsque nous sommes en mesure de consolider nos connaissances de base dans un domaine, c’est à ce moment que nous pouvons pleinement profiter de connaissances plus avancées. Rarement avant. Nos fondations nous permettront d’avoir un regard plus critique sur l’information à laquelle nous sommes exposés.es.

En résumé :

  • C’est correct de vouloir apprendre et de suivre des formations
  • C’est correct de ne pas tout comprendre (c’est bien de le dire en formation afin de bénéficier de plus d’explications)
  • C’est correct de ne pas tout savoir, personne n’arrive réellement à tout comprendre
  • C’est moins correct de ne pas comprendre et de faire comme si on comprenait
  • C’est moins correct de ne pas comprendre et de transmettre ce qu’on n’a pas compris aux autres
  • C’est moins correct de penser que l’on comprend vraiment, vraiment quelque chose, surtout en entraînement. Je sais, c’est triste et insécurisant…

Il est donc important de faire preuve d’humilité, de se questionner lorsque l’on pense comprendre quelque chose et de toujours chercher à valider nos connaissances à l’aide de plusieurs sources.