Dr Kin
Résolutions exercice

Et si ne pas respecter nos résolutions pour l’exercice n’était pas problématique ?

Prendre des résolutions est une coutume très répandue et touche de nombreuses sphères de nos vies. Que ce soit de prendre soin de son prochain, économiser davantage, profiter de la vie ou encore prendre soin de sa santé, les résolutions de janvier sont nombreuses.

L’industrie du conditionnement physique (et plusieurs autres) capitalise sur cet engouement pour la remise en forme. On essaie tant bien que mal de fidéliser les nouveaux membres afin que ces derniers puissent être plus en santé et profiter des nombreux bienfaits de l’exercice.

Bien qu’il s’agisse d’une industrie qui est, par définition, menée par les gains financiers, on ne peut que louer leur désir d’apporter santé et bonne forme physique à leurs membres, les nouveaux comme les anciens.

Comme industrie, c’est pas mal mieux que de fabriquer des cossins en plastiques qui vont finir quelque part en ile de plastique dans un océan.

On vante les bienfaits de l’exercice, moi le premier, et on insiste sur l’importance d’incorporer l’exercice à notre mode de vie.

Afin d’être en santé, nous devons faire régulièrement de l’exercice.

 Ici, j’apporterais une distinction importante.

Afin d’être en santé, il faut faire de l’activité physique régulièrement, pas forcément de l’exercice.

Parenthèse.

Les activités physiques sont caractérisées par le recours à des contractions musculaires permettant d’élever la dépense énergétique au-dessus du métabolisme de repos. L’exercice est une forme d’activité physique qui est structurée et planifiée afin d’améliorer la condition physique. Il s’agit donc d’une sous-catégorie de l’activité physique.

La distinction est importante. Mais, revenons à l’exercice et aux résolutions.

Nombreux sont ceux et celles qui vont prendre la résolution de faire régulièrement de l’exercice. Certaines de ces personnes vont joindre un centre d’entraînement, d’autre y aller un peu plus librement de façon autonome, d’autres en s’abonnant à des programmes en ligne, etc.

Pendant la période des résolutions, on insiste beaucoup sur l’importance de maintenir une pratique régulière d’exercice.

Pourtant, malgré toutes les bonnes intentions de l’industrie du conditionnement physique, on estime que 80% des nouveaux abonnés vont abandonner dans un intervalle de 5 mois1.

Abandonner, c’est grave. Très grave. Suffisamment grave pour que les gens aient peur d’abandonner avant même de commencer et qu’ils culpabilisent lorsqu’ils abandonnent. C’est tellement grave, que plusieurs personnes vont même recommander aux gens souhaitant perdre du poids en janvier de ne pas faire d’exercice simplement parce qu’ils vont abandonner.

Et si ce n’était pas grave d’abandonner?

Si c’était même mieux de commencer et d’abandonner que de continuer à être sédentaire ?

Si le plus gros problème d’abandonné était la peur que ça génère (et l’inaction que ça cause) ou encore la culpabilité d’abandonner ?

Qu’est-ce que ça fait d’abandonner son entraînement après 3 mois ? Est-ce vraiment grave ?

Des équipes de recherche2-4 se sont penchées sur la question afin de déterminer les effets du désentraînement. Deux groupes de personnes préalablement sédentaires ont débuté un programme d’entraînement (musculation et cardio) d’une durée de 13 semaines. Le premier groupe (ET) a complété le programme d’entraînement puis à poursuivi l’entraînement pour 4 semaines supplémentaires. Le second groupe a également complété le programme d’entraînement de 13 semaines, mais s’est complètement arrêté pour les 4 semaines qui ont suivi. La figure 1 présente les changements au niveau de la capacité aérobie, de la pression artérielle et du cholestérol LDL.

Un diagramme illustrant le nombre d'éléments dans un tableau pour un exercice donné.
Figure 1: Changements à la suite de périodes successives d’entraînement et de cessation de l’entraînement

De façon prévisible, on peut constater que la capacité aérobie a augmenté dans les 2 groupes lors de la période d’entraînement de 13 semaines, puis lors des 4 semaines post, a décliné pour le groupe ne s’entraînant plus, et a poursuivi sa progression pour le groupe qui s’est entraîné 4 semaines de plus.

Comme je le mentionnais, prévisible.

Prévisible, mais les résultats pour la capacité aérobie du groupe ayant « abandonné » après 3 mois d’entraînement sont demeurés au-dessus des valeurs initiales après 4 semaines. Ça nous fait 13 semaines d’entraînement plus 4 semaines où la personne est en meilleure forme physique (et possiblement santé).

Ça nous donne approximativement un tiers de l’année en meilleure forme.

Ce n’est pas si mal.

 Si on prend le temps d’analyser le tout, la problématique réelle n’est pas que les gens abandonnent après quelques mois d’entraînement. Ils améliorent leur condition physique pendant cette période et c’est bénéfique.

Le problème si situe davantage au niveau de la perception de l’abandon.

C’est mal d’abandonner.

C’est parce qu’on n’est pas bon. Lâche. Incapable.

Et ça, ça joue sur le sentiment de compétence qui est très important dans le maintien de la pratique régulière d’activité physique ou d’exercice. Donc, au lieu de susciter de la culpabilité, on devrait plutôt encourager les gens qui abandonnent l’entraînement après 1, 2 ou 3 mois, à faire d’autres activités. On ne devrait pas systématiquement chercher à les fidéliser à tout prix.

Ça fait des décennies qu’on fait ça. Ça ne marche pas pour la majorité des gens.

Est-ce qu’on peut dire que c’est correct de se lasser de faire de l’exercice au gym ? De jouer au hockey ? De faire de la course à pied ?

C’est correct de passer à autre chose.

Je crois que ne pas tenir ses résolutions en matière d’exercice, ce n’est pas si mal. Dans certains cas, c’est peut-être même une bonne chose.

Arrêtons de culpabiliser et de s’imposer des standards qui ne sont pas nécessairement bons. Si vous souhaitez vous entraîner 2 mois par année, faites-le donc! Ça fera deux mois et un peu plus où vous serez plus en forme. Profitez des autres mois pour essayer d’autres activités physiques, il y en a des milliers.

Références

  1. Hoffman K. 41 New Fitness & Gym Membership Statistics Available: https://www.noobgains.com/gym-membership-statistics/. Accessed 2024-01-07, 2024.
  2. Leitão L, Pereira A, Mazini M, et al. Effects of Three Months of Detraining on the Health Profile of Older Women after a Multicomponent Exercise Program. International journal of environmental research and public health. 2019;16(20):3881.
  3. Nolan PB, Keeling SM, Robitaille CA, et al. The Effect of Detraining after a Period of Training on Cardiometabolic Health in Previously Sedentary Individuals. International journal of environmental research and public health. 2018;15(10):2303.
  4. Lo MS, Lin LLC, Yao W-J, Ma M-C. Training and Detraining Effects of the Resistance vs. Endurance Program on Body Composition, Body Size, and Physical Performance in Young Men. The Journal of Strength & Conditioning Research. 2011;25(8).