On nous répète qu’il faut pratiquer X ou Y minutes d’activité physique pour «vivre en santé et en paix». Et, avouons-le, le ton est souvent moralisateur. Mais avant de compter les minutes, encore faut-il savoir de quoi on parle. Qu’est-ce que l’activité physique, au juste?
Définition (version bioénergétique)
Toute action musculaire qui consomme de l’énergie est de l’activité physique. Oui, taper ces lignes en fait partie. L’intensité est faible, d’accord, mais c’est tout de même de l’activité. Et pour éviter les raccourcis, on distingue trois grands compartiments:
- Activité physique obligatoire,
- Activité physique spontanée (ou involontaire),
- Activité physique volontaire. On reparlera d’intensité, mais commençons par bien définir ces trois catégories.
Activité physique obligatoire
Ce sont les mouvements liés à la survie et à la reproduction. Autrefois, chasser, cueillir, porter, construire occupaient le quotidien. Aujourd’hui, urbanisation et mécanisation ont largement diminué ce poste de dépense énergétique: moins d’huile de bras, plus de confort… et moins de calories brûlées. Résultat: ce compartiment a fondu, sans que les autres compensent forcément.
Activité physique spontanée (involontaire)
La «bougeotte»: tous les petits gestes que l’on fait sans y penser (se lever, se déplacer, gesticuler, ranger…). Ce compartiment varie énormément selon l’âge, l’environnement, l’humeur, le sommeil… et l’entraînement. Point clé: un entraînement intense peut réduire la bougeotte le reste de la journée, par compensation énergétique. Exemple concret: vous dépensez 300 kcal au gym, puis vous ralentissez suffisamment vos mouvements pour «reprendre» ces 300 kcal sans vous en rendre compte. Ajoutez un déficit énergétique trop agressif, et la bougeotte chute encore: l’organisme protège ses réserves.
Activité physique volontaire
C’est l’exercice au sens classique: s’entraîner, faire du sport pour la santé ou la forme. Quand on «décide d’être plus actif», c’est presque toujours ce compartiment qu’on augmente. Problème: si la hausse de l’exercice s’accompagne d’une baisse de la bougeotte (ou même d’une réduction d’activités obligatoires), le gain net sur la dépense totale peut être… nul.
La question qui fâche: combien faut-il bouger chaque jour?
Les recommandations (ex.: 30 minutes d’exercice modéré) ciblent surtout l’activité volontaire et ignorent largement les deux autres compartiments. Elles peuvent convenir à certains, pas à d’autres.
Pourquoi?
Parce que tout dépend du niveau d’activité obligatoire et spontanée, de leur intensité et de leurs variations au quotidien. On les mesure mal, donc on les écarte… mais leur contribution peut être décisive.
Ce qu’il faut retenir
- Ce qui compte, c’est la dépense énergétique totale sur 24 heures, pas seulement la séance d’entraînement.
- L’exercice est utile pour améliorer la condition physique, mais il peut déclencher des compensations qui réduisent la bougeotte.
- Un déficit trop brutal diminue l’activité spontanée: «manger moins et bouger plus» est plus complexe qu’il n’y paraît.
Alors, combien d’activité physique?
La réponse la plus honnête: généralement plus, de façon constante et régulière et qui favorise la récupération.
- Plus d’activité obligatoire, quand c’est possible (marcher pour les courses, porter, bricoler, jardiner).
- Plus d’activité spontanée (se lever souvent, marcher en parlant, prendre les escaliers, multiplier les micro‑mouvements).
- Plus d’activité volontaire, adaptée à votre forme et à votre vie (intensité progressive, volume soutenable).
Et surtout, mieux répartie: viser une journée plus active dans son ensemble, pas seulement un «point d’effort» isolé. Construire une condition physique qui rend le mouvement facile et fréquent, puis la convertir en gestes réels, tout au long de la journée. C’est là que la santé s’améliore… et que les résultats durables apparaissent.